En route vers Tokyo

Clara Millero (en rouge) et Tiavo Randrianisa (en bleu) encadrent leur professeur à Arcueil, Matthieu Boudon

Clara Millero (en rouge) et Tiavo Randrianisa (en bleu) encadrent leur professeur à Arcueil, Matthieu Boudon.

Le 19 avril, Tiavo Randrianisa et Clara Millero sont devenues championnes de France junior. Ces deux pensionnaires de l’équipe de France et de l’Insep ont déjà les Jeux Olympiques de Tokyo en ligne de mire. Portrait croisé de deux jeunes athlètes hors normes.

 

Lors des finales du championnat de France junior à Marseille le 19 avril, Tiavo Randrianisa et Clara Millero ont enrichi un palmarès déjà riche. Si elles combattent au niveau national sous les couleurs du club arcueillais, elles s’entrainent depuis septembre au sein de l’Insep (l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance).

Tiavo et Clara texte 2Bien que les deux jeunes femmes se soient rencontrées auparavant lors de compétitions, ce n’est qu’avec la venue de Clara en 2010 au Cosma qu’elles s’entraînent ensemble. Depuis, elles se suivent et progressent côte à côte. « C’est une chance d’être entrées en même temps à l’Insep et de rester dans la même dynamique. Il n’y a pas de concurrence entre nous mais une rivalité qui nous tire vers le haut. Sans elle, je ne pense pas que j’aurais ce niveau-là aujourd’hui » pense Clara qui a débuté le taekwondo à l’âge de cinq ans.

Ce titre va leur permettre de participer sous les couleurs de l’équipe de France au championnat d’Europe en octobre prochain, à Riga en Lettonie. Pour Tiavo, il s’agira aussi de se remettre de sa déception de l’été dernier, où elle avait échoué lors des championnats du monde cadet à Baku, en Azerbaïdjan. « J’ai eu du mal à développer mon jeu. A cause du stress, je ne suis pas parvenue à me lâcher. C’était dur » soupire-t-elle. Mais lorsqu’on lui demande si elle a eu peur de gagner, elle répond, surprise : « Non, pourquoi ? Peur de perdre plutôt ! »

« Viser le plus haut possible »Clara texte

Car sous des airs angéliques se cache une vraie tigresse, selon son entraineur à Arcueil, Matthieu Boudon. Tiavo n’est pas bavarde mais sa détermination se fait sentir immédiatement lorsqu’elle évoque la compétition et son parcours, sans jamais se vanter. Et cette compétitrice née semble être de taille pour remporter de grandes compétitions internationales : « Pour avoir vu des centaines d’enfants, elle fait partie de ceux dont on détecte tout de suite le fort potentiel. C’est une surdouée, en France elle est au-dessus du lot. Je suis convaincu depuis le début qu’elle réussira à gagner un titre majeur » affirme Matthieu Boudon.

Cette jeune fille longiligne et discrète de 15 ans commence le taekwondo au Cosma à l’âge de six ans. « Ce qui me plaît ? Le combat, le fait depouvoir se lâcher, le dépassement de soi, viser le plus haut possible ». Voilà pour ses motivations. Et quant à viser le plus haut possible, L’Insep leur offre, avec Clara, cette possibilité. Elles font parties des espoirs qui se préparent d’ores et déjà pour les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. « C’est un peu tôt pour penser aux JO mais… J’y pense depuis que je suis à l’Insep. Ici, j’ai une chance que cela arrive » prend conscience Tiavo. D’ailleurs, dès 2016, il leur faudra obtenir les points nécessaires à une qualification pour la glorieuse compétition et prendre leur place au sein de l’Équipe de France.

Elles sont conscientes toutes deux que le chemin est encore long et que seul le travail paie. Clara, 16 ans, plus extravertie et qui affiche déjà une grande maturité, sait que pour envisager de décrocher ce graal un jour, le talent qui est le leur ne suffit pas : « il faut de la persévérance. Sans travail on ne peut pas y arriver. Il faut savoir faire des sacrifices » analyse-t-elle. Et Tiavo de dresser le portrait d’une championne, au mental féroce : « Il faut toujours la rage, il faut avoir envie de gagner et d’être plus forte que les autres et donc être solide dans sa tête. Personnellement je dois travailler cette maturité. » Mais la plus jeune pensionnaire de l’Insep en taekwondo a déjà progressé dans ce domaine. C’est le constat dressé par Matthieu Boudon qui note une évolution depuis le début de l’année : « Tiavo avait un manque de maturité mais elle est dans un contexte ou elle a mûrie tout de suite. Son attitude est beaucoup plus professionnelle. Cela se voit dans sa manière de combattre. »

« La plus maligne qui gagne »

S’il faut forcement des qualités mentales pour remporter des victoires, le haut niveau en demande davantage, ce que l’Insep a prouvé aux deux camarades par la rigueur de ses entrainements : « le rythme a été dur au début et avec l’école on a pas de temps de repos mais on s’habitue rapidement. Je ne connaissais pas les exigences du haut niveau, c’est très éprouvant physiquement et l’hygiène de vie doit être irréprochable » décrit Clara. Mais elles sont stimulées pour ressembler aux ainées qu’elles fréquentent dorénavant : « Quand on voit ce qu’elles [Gwladys Épangue, Anne-Caroline Graffe ou Floriane Liborio sont les prestigieux exemples qu’elle cite] arrivent à obtenir, on se dit que c’est possible. Surtout que le sport de haut niveau nécessite tellement de sacrifice que cela suscite l’admiration » ajoute-t-elle.

Tiavo texteClara, qui se décrit volontiers rageuse, paraît animée par un état d’esprit propice à s’engager dans la voie de la réussite : « j’aime l’esprit du combattant, de ne rien lâcher, de se dépasser toujours et de donner le meilleur de soi-même, avec une remise en question permanente. » Pour elle, les dix premières secondes d’un combat sont capitales pour s’adapter à son adversaire : « J’arrive à savoir dès le début comment elle travaille et quelles stratégies mettre en place pour m’imposer. Les autres aiment le combat, moi plutôt la stratégie. C’est aussi la plus maligne qui gagne, pas seulement la plus combative » expose Clara, qui paraît toujours sûre d’elle-même, confiante dans sa force. Son sport, elle l’analyse autant que ses concurrentes. « C’est une encyclopédie, Parfois elle connait mieux ses adversaires que moi » assure Matthieu Boudon.

Pour lui, les qualités de ces deux sportives sont très différentes. Si Tiavo surpasse tout le monde par sa technique, Clara mise sur cette connaissance pointue du taekwondo. « Outre des capacités et des qualités physiques supérieures à la moyenne, Tiavo est imprévisible et capable de sortir des techniques lorsqu’on ne s’y attend pas pour surprendre ses adversaires. Clara n’a pas ses facilités ni son bagage technique mais elle a un mental énorme. Elle est autonome et très investie. »

Si la timide Tiavo se cherche encore dans la vie, Clara a déjà une passion pour se reconvertir plus tard. Admise dans la prestigieuse école de cuisine Ferrandi, elle a privilégié l’Insep. Et pour elle, ces deux activités ont beaucoup de points en communs : détermination, gestion du stress, côté créatif et « mine de rien on est toujours en mouvement. Je ne pense pas que rester assise dans un bureau toute la journée me plairait » révèle-t-elle.

Si leur vie est parfois mise entre parenthèses, leurs proches les soutiennent, ce qui est aussi un de leur moteur. « Cela me donne plus de force,ça m’aide. Quand je combats, je pense à ce que ma famille me dit, que je suis la plus forte, alors après, j’y vais à Tiavo et clara texte 1fond ! C’est vrai aussi que le taekwondo prend un peu trop de place mais je profite d’eux et de mes amis le week-end » confie Tiavo. C’est aussi à ce moment-là que les deux amies rendent visite au club d’Arcueil, leur seconde famille. « Ici l’ambiance est familiale. Il y a un côté affectif. Ce n’est pas un sport collectif mais on est une équipe avec des gens qui nous soutiennent. A la différence de certains autres grands clubs, on conserve une proximité avec les autres compétiteurs et les entraineurs, décrit Clara. Matthieu sait faire son travail. Il voit plus loin que ce que l’on pourrait envisager. Cela se voit en compétition où l’on a toujours des résultats » et d’ajouter : « si l’on fait cavalier seul, personne ne reconnait et n’admire nos résultats et notre travail. Donc on n’a pas envie de se donner à fond. On souhaite faire plaisirs à ces gens-là, à ceux qui croient en nous » déclare la confiante Clara.


ClaraClara Millero
, 16 ans, junior -52kg

Championne de France cadette 2012, junior 2015
Vice-championne de France junior 2014
3ème au championnat d’Europe des clubs 2015
1ère au Spanish Open en 2012

 

 

Tiavo TiavoRandrianisa, 15 ans, junior -42kg

Championne de France Junior 2014 (surclassée) et 2015
Championne de France Espoir (-21 ans) 2015
Championne d’Europe des clubs 2015
Première place en Opens Internationaux : Serbie (2014), Dutch open (2014 et 2015), Turquie (2015)

 

 

Texte : Kevin Gouttegata

Photographies : Stephane Chaing

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